Mali: Retour à Tombouctou

Abdou (au centre) et sa famille attendent qu'un bateau les ramène à Tombouctou. Depuis une année ils vivent à Mopti où ils se sont réfugiés, fuyant le conflit au nord. Credit: OCHA/Ulrike Dassler
De plus en plus de déplacés au Mali souhaitent rentrer chez eux dans les villes du nord malgré les risques.

Voilà trois jours qu’Abdou Dicko et sa famille sont assis dans le port de Mopti, au bord du fleuve Niger dans le centre du Mali. Abdou, sa femme Fatoumata, sa deuxième épouse, leurs six enfants, ses six frères et ses trois nièces, attendent tous que le bateau les emmène enfin à Tombouctou vers le nord.

 Il y a un an de cela, en avril, ils avaient tout laissé derrière eux pour fuir les groupes armés: leurs terres, leurs maisons, et aussi une partie de la famille élargie. Mais aujourd’hui, même si la situation sécuritaire dans le nord reste extrêmement tendue,  ils ne veulent qu’une chose, c’est rentrer chez eux.

« On ne peut simplement plus se permettre de vivre ici à Mopti en tant que déplacés», explique Abdou. «Tout  est devenu si cher. Nous avons peur d’être expulsés, car nous ne pouvons  plus payer le loyer. Chez nous à Tombouctou, nous avons notre propre maison, de la nourriture, du poisson et du riz. Tout est beaucoup moins cher. »

Dans le port de Mopti et à la gare routière, les employés de l’Organisation mondiale pour les migrations (OIM) comptent les voyageurs et leur demandent la raison et la destination de leur voyage. Durant la dernière semaine de mars, plus de 690 personnes leur ont confirmé, comme Abdou et sa famille, qu’elles étaient sur le chemin du retour.

Depuis 2012, le conflit entre les groupes armés et les forces gouvernementales a déplacé des centaines de milliers de personnes. Plus de 280 000 se sont réfugiés à l’intérieur du pays, dans des villes comme Mopti. Selon les chiffres de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), 173 779 ont fui dans les pays voisins.

Retour risqué

Selon l’OIM, durant le premier trimestre de l’année, plus de 14 400 personnes sont retournées dans le nord. Les agences humanitaires sont inquiètes qu’elles ne trouvent pas sur place un soutien de l’administration ou des services sociaux. Pour ne citer qu’un exemple, seulement 321 des 1030 écoles de Tombouctou et de Gao sont ouvertes.

OCHA a ouvert un bureau à Tombouctou début avril et travaille avec les autres agences pour évaluer rapidement les services sociaux existants ainsi que les besoins immédiats des personnes qui viennent de retourner. Jusqu’à très récemment, la situation sécuritaire ne le permettait pas.

« Les seuls qui ont des revenus réguliers dans les villes du nord sont les fonctionnaires, » explique Amadou Kola, le Représentant de l'OIM à Mopti. « L'argent qu'ils dépensent localement est un atout important pour l'économie. Mais comme l'administration n'est toujours pas retournée dans le nord, cette source essentielle pour les marchés, continuent de manquer ».

Les agences onusiennes et leurs partenaires humanitaires fournissent une assistance aux personnes retournées. Le Programme alimentaire mondial, par exemple, a délivré des rations alimentaires d’urgence à 125 700 personnes.

Ce manque de services sociaux de bases a aussi un impact sur ceux qui sont restés dans le nord l’année dernière, et qu’ils finissent par quitter pour se diriger vers le sud. Durant les trois premiers mois de l’année, plus de 23 500 personnes ont quitté le nord pour aller en direction du sud.

«Nous n’avions rien à manger»

Saula Boré, un homme de 43 ans, se trouve lui aussi au port de Mopti. Il a déjà trouvé une place sur un bateau et il retournera chez lui à Niafounké, près de Tombouctou,  avec sa famille.  Il est maigre et faible, il ignore combien de kilos il a perdu depuis sa fuite de à Mopti il y a un an.

«Pendant tout le temps comme déplacé à Mopti je cherchais du travail. Pour gagner de l’argent, j´ai poussé des charrettes. Mais malgré cela, souvent  nous n'avons eu rien à manger», nous confie Saula.

« Nous n'avons pas de famille ici dans la région de Mopti. À  Tombouctou,  nous allons nous porter mieux. Je vois de plus en plus de gens rentrer. J'ai entendu dire qu'il y a encore des attaques  de temps en temps, mais je dois préparer les rizières parce que la saison des pluies commence  bientôt. » 

Quelques minutes plus tard la pinasse part avec à son bord des déplacés  prêt à rentrer chez eux. Le bateau  doit passer le point de contrôle sur le Niger avant  18 heures, car après cela la ville de Mopti devient inaccessible du côté du fleuve. Le Mali est toujours en état d'urgence.

Version Anglaise>>