Financement Humanitaire

Le Niger est l'un des pays les plus pauvres au monde où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Pays sahélien, il est enclavé et  en proie à des crises multiples. Depuis plus d’une décennie, le Niger fait face à des crises alimentaires et nutritionnelles quasi récurrentes. A ces crises s’ajoutent les catastrophes naturelles, notamment les inondations et les sécheresses qui affectent des milliers de personnes ainsi que les moyens de subsistance des communautés déjà vulnérables. Le pays est également confronté aux épidémies de choléra, rougeole et paludisme, ainsi qu’aux mouvements forcés de populations. Il accueille de nombreux réfugiés et migrants en provenance de pays voisins ainsi que des nigériens retournés, notamment de la Côte d’Ivoire, du Nigéria et de la Lybie.

La situation humanitaire est caractérisée par :

1.   Les mouvements de populations : Environ 50 000 réfugiés1 maliens vivent au Niger et plus de 10 000 nouveaux2 retournés et réfugiés en provenance du nord du Nigeria sont dans la région de  Diffa. A cela s’ajoutent les migrants expulsés de la Libye, des personnes déplacées par les inondations et qui ont été relocalisées, notamment sur les sites de Seno et Saguia, dans la région de Niamey.

2.   Une situation nutritionnelle préoccupante : Selon la dernière enquête nutritionnelle nationale de juin 2013, le taux de malnutrition aigüe global (MAG) au Niger est de 13,3%, bien au-dessus du seuil d’alerte de 10% fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les régions d’Agadez et Maradi affichent des taux de prévalence de MAG relativement élevés, soit respectivement 14% et 16,3 %. En dehors de la région de Niamey, la prévalence de la malnutrition aigüe sévère en 2013 dépasse le seuil d’urgence de 2% dans toutes les autres régions du pays.

3.   Une insécurité alimentaire chronique : Selon une réévaluation en juin 2013 par le Dispositif national de prévention et de gestion des catastrophes et crises alimentaires (DNPGCCA), une structure technique du gouvernement), environ 2,8 millions de personnes restent vulnérables à l’insécurité alimentaire. Par ailleurs, les prix nominaux et constants des céréales dont le mil, le sorgho et le maïs, trois produits de consommation de base, en septembre 2013 demeurent à des niveaux très élevés par rapport à la même période en 2012 et à la moyenne de septembre calculée sur les 20 dernières années, selon Albichir, une revue d’analyse des marchés et de la sécurité alimentaire produite par le Programme alimentaire mondial (PAM), le Système d’information sur les marchés agricoles (SIMA) et FEWS-Net. Cette situation n’arrange guerre la situation de sécurité alimentaire de la grande majorité des nigériens qui recourent au marché pour satisfaire leurs besoins en  alimentation. En outre, suite à la mauvaise production agricole dans certaines zones, l’accès tant qualitatif que quantitatif aux semences pour de nombreux ménages reste très difficile. Ce qui n’est pas de nature à favoriser les activités culturales, notamment dans les zones agropastorales de Tillabéry, Filingué, Ouallam et Téra.

4.   Des  inondations : Le dernier bilan des inondations de mi-juillet 2013 établi par les autorités nigériennes rapporte qu’environ 232 833 personnes ont été affectées, 26 232 ménages sont sinistrés, 22 247 maisons sont effondrées, 29 personnes ont perdu la vie et 6 872 hectares de cultures inondés. Au-delà de la réponse d’urgence apportée par des acteurs humanitaire en appui au Gouvernement, il reste que d’importants moyens doivent encore être mobilisés en termes de relèvement précoce et de prévention pour aider la population à mieux faire face aux inondations qui les affectent annuellement et, surtout, à devenir plus résiliente aux différents chocs subis. L’inondation  des cultures aggrave la vulnérabilité d’une grande partie de la population déjà pauvre et risque d’accélérer la dégradation d’une situation alimentaire déjà précaire.

Afin d'assurer une meilleure préparation face aux risques de crises quasi permanentes et une réponse humanitaire internationale adéquate et opportune en appui aux efforts du gouvernement nigérien, OCHA Niger coordonne la mobilisation des ressources pour répondre à ces différents défis.

Sur  environ 355 millions de dollars américains de financement demandé dans le cadre de l’Appel Global (CAP) 2013, environ $ 264 millions ont été  mobilisés au 29 octobre 2013, soit 74 % des financements requis. De ce montant, $ 14,3 millions ont été octroyés par le Fonds central d’intervention pour les urgences humanitaires (CERF) dont $ 7,9 millions dans le cadre des « urgences/crises humanitaires sous financées » et $ 6,4 millions dans le cadre de la « Réponse rapide» à l’épidémie de choléra, aux mouvements des populations ayant fui des violences au nord du Nigeria, aux inondations ainsi qu’aux interventions d’urgence pour protéger les moyens de subsistance  des populations vulnérables. La Commission Européenne arrive en tête des donateurs avec $ 52,9 millions de contribution (soit 20,1%), suivi des Etats-Unis d’Amérique avec $ 47,6 millions (soit 18,1%) et du Japon avec $ 31,5 millions (soit 13 %). Les autres pays donateurs sont l’Allemagne, l’Australie, la Belgique, le Canada, le Danemark,  l’Espagne, la France, la Finlande, le Luxembourg, la Norvège, la Suède et le Royaume Uni.

Malgré le niveau de financement relativement bon de l’appel, trois secteurs restent particulièrement sous-financés: l’Education financé à 20%, l’Eau, hygiène et assainissement à 20,6% et la Protection financée à 27,7%. En 2011 et 2012, le Cluster Protection n’avait reçu aucun financement.

En termes d’allocation par catégorie de partenaires,  90% des fonds mobilisés ont été alloués aux agences humanitaires du système des Nations Unies (NU) contre 9,3% aux organisations non-gouvernementales (ONG) et 0,7% à l’Organisation internationale des migrations (OIM). Notons cependant que les agences des Nations Unies réaffectent ces fonds sur des projets et programmes mis en œuvre en partenariat avec les ONG  nationales et internationales présentes au Niger.

Par ailleurs, les projets non répertoriés dans le CAP 2013 de certains acteurs intervenant au Niger ont été financés à hauteur de $ 54 millions, ce qui permet d’accompagner la stratégie humanitaire commune déclinée dans l’appel de cette année.