«Tout à coup il y eut une forte détonation» - Les enfants parlent de la violence en RDC

20 December 2012: Displaced children at La Poste IDP camp in Minova, South Kivu. Credit: OCHA/Gemma Cortes
Les organisations humanitaires renforcent leur aide et atteignent des centaines de milliers de personnes déplacées dans l'est du Congo. [Français - Anglais]

(Goma, décembre 2012) : Avant le 19 novembre, Elie et Fanny ne se connaissaient pas  mais ils avaient beaucoup en commun : tous deux ont 12 ans et vivent à Goma, dans la province trouble du Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC).  Depuis ce jour, ils ont autre chose en commun : tous deux sont internés dans un hôpital de la ville, victimes innocentes des combats qui se sont déroulés ce jour entre l’armée congolaise et un mouvement dissident issu de cette même armée, connu sous le nom de « M-23 ».

"Je puisais de l’eau et tout à coup il y eut une forte détonation. J’ai été touchée et dépêchée à l’hôpital Charité maternelle. De là, j’ai été transférée ici", raconte la jeune Fanny depuis son lit d’hôpital.

Dans un autre quartier,  le jeune Elie vient aussi d’être touché.

"Pendant que ça tirait de partout, je me suis réfugié dans une maison et un obus est tombé dessus. J’ai eu très mal au bras".  Elie a perdu son bras gauche.

Ils sont depuis lors internés à l’hôpital  de l’organisation  non-gouvernementale Heal Arica, une des nombreuses organisations humanitaires qui ont bravé les combats et ont maintenu  leurs opérations à Goma pour apporter assistance aux blessés, personnes déplacées et autres victimes.

Les combats ont fait de nombreuses victimes et plusieurs centaines de blessés. Selon le médecin chef de Heal Africa, 133 personnes ont été soignées dans leurs locaux entre le 19 novembre et le 10 décembre.  Plus de 130 000 ont été contraints de fuir, certains trouvant refuge dans la région de Minova, 50 km plus au sud, dans la province sœur du Sud-Kivu.

Apres quelques jours durant lesquelles les opérations étaient fortement entravées, les organisations humanitaires ont saisi l’accalmie dans les combats pour renouer et augmenter leurs opérations. L’accès, notamment avec la réouverture de l’aéroport de Goma, permet une reprise de la réponse.  Le 8 décembre dernier, le Coordonnateur humanitaire Moustapha Soumaré a fait acheminer plus de deux tonnes de lait thérapeutique et des médicaments.

Dans tous les secteurs, la réponse est effective : plus de 160 000 personnes ont reçu de la nourriture ces derniers jours, et 92 tonnes de biscuits énergétiques sont attendues très prochainement ; des milliers de litre d’eau ont été distribués ; des centaines d’écoles sont en voie de réhabilitation et des cours de rattrapages sont organisés à travers la province ; des distributions de produits de ménages ont été effectuées;  des opérations de vaccination sont en cours.

Toutes ces opérations se déroulent dans un climat volatile.   Lors de sa visite à Goma, M. Soumaré s’est rendu  au camp de déplacés internes de Mugunga III qui quelques jours auparavant avait été attaqué par des hommes armés qui ont pillé des habitants et violé des femmes, « un acte ignoble » selon M. Soumaré.  24 heures plus tard, ce sont les populations vivant près du  camp qui ont fait les frais d’hommes armés.

La protection des  civils, y compris des travailleurs humanitaires, et la sécurisation des sites où vivent les personnes déplacés sont primordiales, s’accordent à dire l’ensemble des partenaires humanitaires.  OCHA  a déployé une spécialiste en protection pour échanger  sur cette question avec les autorités congolaises, la mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) et les agences partenaires.

Reconnaissantes de l’aide apportée à ce jour mais fatiguées de ce cycle de violence, les personnes déplacées ont dit à M. Soumaré que leur seul souhait c’est un retour de la paix afin qu’elles puissent rentrer chez elles. Depuis janvier 2009, près de 914 000 ont quitté leurs maisons et sont éparpillés à travers la province.

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