Mali: les familles déplacées s’efforcent de faire face à une situation difficile

Mariam, mother of eight, has not been able to find a job. "We cannot always pay the rent," she says hoping to return to her hometown in northern Mali. Credit: OCHA/Ulrike Dassler
L‘instabilité sécuritaireau nord du Mali a entraîné le déplacement de milliers de personnes sollicitant lourdement les ressources déjà limitées des communautés hôtes. [Français - Anglais]

Quelque  470 000 personnes ont été déplacées par le conflit au nord du Mali depuis mars 2012. Près des deux-tiers d’entre elles ont fui vers le sud et le centre du pays où les communautés qui les ont accueillies souffrent encore de l’impact de la crise alimentaire et nutritionnelle de l’année dernière. Ces déplacements ont entraîné une augmentation importante de la population dans ces régions, comme à Ségou, où des milliers de déplacés se sont réfugiés et puisent dans les ressources déjà limitées des communautés hôtes.

Les organisations humanitaires ont déjà fourni une aide humanitaire d’urgence, principalement de l’eau, de la nourriture et des abris, aux familles déplacées à Ségou. Elles fournissent également une assistance sur le plus long terme à travers des projets de développement ruraux et des programmes « argent contre travail ». Cependant elles continuent à faire face à des difficultés opérationnelles et financières. L’appel humanitaire pour le Mali, qui demande $409,5 millions de dollars américains, est seulement financé à 20 pourcent. Plusieurs programmes, notamment ceux ciblant l’éducation, sont directement touchés par ce manque de financement ce qui prive de nombreuses familles de services de bases et l’opportunité d’améliorer leurs conditions de vie. 
 
Mariam, mère de huit  enfants
 
Mariam a fui Kidal au nord du Mali, deux semaines après que des groupes armés aient pris la ville. Avec ses enfants, elle s’est rendue à Ségou, en parcourant près de 1 000 km par bateau, pour finalement rejoindre des membres de sa famille qui ont généreusement partagé leur maison et leur nourriture avec elle. 
 
En quelques mois seulement, la maison s’est rapidement remplie avec l’arrivée d’autres personnes ayant également fui le conflit, ce qui a conduit Mariam à devoir chercher  un autre toit.   Elle loue maintenant une petite maison dont le loyer est de  20 dollars américains par mois, ce qui représente une somme importante puisqu’elle n’a aucune source de revenu. 
 
« Nous sommes en train de fatiguer les gens ici », explique Miriam. « Nous n’arrivons pas toujours à payer le loyer. Aujourd’hui nous avons trois mois de retard, mais le propriétaire est gentil avec nous, il sait que nous n'avons rien » a-t-elle ajouté en insistant qu’elle espère pouvoir rapidement rentrer chez elle.
 
Assurer l’éducation de ses enfants est encore un autre défi auquel doit faire face Mariam.  
Même si ses cadets ont la possibilité de poursuivre leur scolarité à l’école primaire du quartier, les deux aînés ont dû arrêter l’école, le lycée étant maintenant trop éloigné et le transport trop coûteux.
 
Ahramatou, étudiante déplacée
 
L’éducation d’Ahramatou, 18 ans, a également été affectée quand les groupes armés ont fermé les écoles de Gao en juin, affirmant que l’éducation  avait pour but de promouvoir les valeurs occidentales. Elle a seulement pu reprendre les cours quand elle a fui à Ségou pour vivre avec sa tante. Toutefois, vivre en dehors du nord du pays a créé encore d’autres défis pour les étudiants déplacés.
 
«Presque tous les élèves du Nord ont fréquenté des écoles franco-arabes. Ils étaient scolarisés dans des établissements où la langue d'enseignement est  l'arabe et non pas le français, comme chez nous dans le sud du Mali » remarque le directeur du lycée Abdoul Cabral, Oumar Paré. « Beaucoup d’entre eux parlent peu le français et ceci aura des conséquences sur leurs notes. Ils ont urgemment besoin de cours de mise à niveau, mais aussi d’un soutien psychopédagogique, »  souligne le directeur. 
 
Ahramatou fait partie des 300 élèves déplacés qui fréquentent le lycée. Beaucoup d’entre eux vivent avec des proches ou des familles d’accueil qui elles-mêmes doivent s’adapter à l’arrivée massive de déplacés dans leur ville.
 
«Beaucoup d’élèves sont souvent malades, ils ont du mal à se concentrer pendant les cours parce qu'ils ont faim. Beaucoup d'entre eux ont vécu  des expériences traumatisantes, ils ont vu des morts dans les rues et des exécutions » explique le directeur. 
 
A peine la moitié des  élèves déplacés fréquente régulièrement l´école. Beaucoup d'entre eux  ne vivent pas avec leurs  parents, mais avec des personnes qu´ils connaissent à peine. Certains marchent une heure pour arriver à l´école, et n'ont pas d'argent pour la cantine. 
 
« Nous n’avons rien à voir avec cette guerre. Pourtant c’est nous, les étudiants, qui souffrons », dit Ahramatou extrêmement frustrée par la situation. « Je n’arrive pas à suivre les cours dans toutes les matières et j’aurais besoin de cours de rattrapage. » 
 
Déterminée à ’améliorer sa situation, Ahramatou a mis en place une association ayant pour but de récolter de l'argent pour les livres, les cours de mise à niveau et la nourriture pour les étudiants déplacés. Ainsi ces derniers pourront terminer l'année scolaire à Ségou et peut-être même avoir une chance de  réussir les épreuves de fin d´année. Jusqu’à présent elle n’a pas réussi à trouver les fonds nécessaires.