Mali: 660 000 enfants à risque de malnutrition aiguë

10 October, 2013
2013, Koulikoro, Mali: Une mère et sa fille au centre de santé de la ville de Kati au centre-ouest du Mali. Environ  660 000 enfants sont à risque de malnutrition aiguë au Mali cette année. Les ONG et les agences des Nations Unies mènent des efforts pour améliorer le traitement et la sensibilisation.  Crédit: OCHA/Diakaridia Dembélé
2013, Koulikoro, Mali: Une mère et sa fille au centre de santé de la ville de Kati au centre-ouest du Mali. Environ 660 000 enfants sont à risque de malnutrition aiguë au Mali cette année. Les ONG et les agences des Nations Unies mènent des efforts pour améliorer le traitement et la sensibilisation. Crédit: OCHA/Diakaridia Dembélé
Agée de deux ans, Korian Togola est couchée dans un lit au centre de santé de Kati, dans la région de Koulikoro située au centre–ouest du Mali. Elle a une sonde naso-gastrique. C'est ainsi que les docteurs et le personnel médical parviennent à la nourrir. Korian, comme beaucoup d'enfants à travers le Mali, est sévèrement malnutrie. Sa mère Aissetou l’a amenée au centre de traitement il y a quatre jours.
 
« Avant de venir ici, j’ai fait le tour de tous les guérisseurs et soignants pour sauver la vie de mon enfant, » a déclaré Aissetou, 21 ans, qui a passé les quatre derniers jours au chevet de sa fille. « J'ai trouvé l'espoir à nouveau. »
 
Le centre de santé de Kati, comme beaucoup d'autres à Koulikoro, est géré par l'ONG International Rescue Committee (IRC). Depuis son arrivée à Kati en avril 2012, le personnel de l'IRC a constaté une forte augmentation du nombre d'enfants sévèrement malnutris qui arrivent au centre de santé.
 
Au début de leur opération, il n'y avait presque pas d'enfants qui venaient au centre. Entre mai et juillet 2012, 10 à 15 enfants étaient traités chaque semaine. En décembre, la moyenne d'admission  est passée de 35 à 40 enfants par semaine. Aujourd'hui, environ 130 enfants sont suivis par les médecins.
 
Les raisons de cette évolution sont doubles. Premièrement, plus d'enfants tombent malades. Deuxièmement et sur une note positive, les parents sont de plus en plus informés sur les centres de santé ainsi que les signes annonciateurs de la malnutrition sévère.

Campagne de sensibilisation

« Les admissions croissantes d’enfants peuvent s’expliquer par l’augmentation des cas de paludisme et de diarrhée liés à la saison des pluies », déclare Dr Aminata Koné recrutée par l'IRC pour gérer le centre. «Les mauvaises techniques de sevrage et les régimes alimentaires pauvres, sont d'autres raisons pour lesquelles les enfants sont malnutris. »
 
La malnutrition est endémique à Koulikoro et dans plusieurs localités du Mali. Cette année, environ 660 000 enfants sont à risque de malnutrition sévère à travers le pays. Le manque d’information au sein des communautés sur la malnutrition et ses symptômes était l’un des principaux obstacles pour l’IRC et les autorités. Pour y pallier, ils lancèrent une campagne de sensibilisation à travers Koulikoro.
 
La campagne a été un succès. « J’ai marché de 4 heures du matin à 9 heures du matin pour arriver au centre et sauver la vie de mon enfant,» déclare Kadia Coulibaly qui habite au village de Doumbila, situé à 20 km du centre de santé de Faladiè géré par l’IRC dans le cercle de Kati.
 
En réalité, le succès de la campagne s’est traduit par le fait que le centre de santé a maintenant dépassé sa capacité d’accueil de 60 patients. « Actuellement, nos services sont très sollicités et l’équipe est dépassée,» déclare Dr Koné. « Cependant, en dépit des difficultés, nous avons un taux de succès de 95 pour cent et un taux de décès de moins de 5 pour cent, ce qui correspond à la norme. »
 
Le personnel est amené à étaler des nattes sur le sol partout où un espace peut être trouvé afin que tous les enfants qui arrivent au centre puissent bénéficier d’une assistance d’urgence.
 
Au centre de santé communautaire de Faladiè, l’IRC met en œuvre un projet alimentaire adapté aux besoins des enfants malnutris âgés de moins de cinq ans dans un effort de prévention de l’apparition de la malnutrition sévère. Là aussi, leurs opérations risquent d’atteindre leurs limites.
 
« L’objectif de ce programme était de venir en aide à 107 enfants entre avril et décembre 2013, » déclare Dr Siaka Diallo, un autre médecin de l’IRC. «Aujourd’hui, le centre a déjà atteint 70 pour cent de notre cible qui risque d’être dépassée d’ici décembre.»

Renforcement de la sensibilisation

L’assistance aux familles ne s’arrête pas une fois que l’enfant malnutri est récupéré. Avec l’appui du Fonds des Nations unies pour l’Enfance (UNICEF) et de l’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO), les mères sont sensibilisées sur la prévention de la malnutrition. Celle-ci comprend les informations sur les besoins alimentaires des enfants, les techniques de sevrage, la protection contre le paludisme et la promotion de l’hygiène. Elles reçoivent aussi des rations alimentaires pour aider leurs enfants durant la période de convalescence.
 
« Nous faisons tout notre possible pour éviter que les enfants ne meurent pour des raisons liées à la malnutrition. Durant la période des pluies, les taux de malnutrition augmentent ainsi que le nombre de cas de malnutrition aiguë sévère avec complications et le nombre de décès » déclare Tasha Gill, Chef de mission de l’IRC au Mali. « Nous avons besoin de ressources à long terme pour assurer un traitement de qualité et s’attaquer aux causes profondes de la malnutrition. »
 
La communauté humanitaire au Mali recherche 80 millions de dollars en 2013 pour combattre la malnutrition à travers tout le pays. A ce jour, près de 26 millions de dollars – moins du tiers des fonds requis – sont reçus. Malgré cette situation, les organisations humanitaires ont réussi à traiter près de 168 000 enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aigüe.
 
 

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